mercredi 11 novembre 2009

Noir


Ma pupille noire se dilate sur le monde et endeuille mon horizon.
J'ai des cercueils indélébiles terrés sous mon regard. Des violons grinçants sur des airs épuisés; des feuilles d'automne déchues ; des balançoires vides; et le vent glacé du ciel. J'ai des mots qui sonnent. Ce sont des épitaphes, ce sont des oraisons funèbres, ce sont des marches silencieuses. Ils résonnent comme le glas assourdissant de la foi. Peu importe que je parle, que je ris et que j'aime, je suis toujours dans un cimetière. Je regarde ce fossoyeur qui creuse, qui emplit et désemplit les tombes. Le Temps. Et j'ai le vertige quand je me penche au-dessus. J'ai peur du vide. Car le vide est peuplé par la mort.

samedi 2 août 2008

-Tome II-

J'écris la fin avant le début.
Une fin un peu fleur bleue. Où les fleurs auraient laissé place à la peur, où il y aurait eu plus de peur que de bleus. Plus de pleurs que de mal.
J'écris une fin à l'eau de rose, sans couleur ni épines. Qui aura seulement le parfum mièvre des nuits. Tu le sais, j'ai toujours vu la vie en prose.
Une fin en demi-teinte, ni triste, ni gaie. Entre le rose et le bleu. Entre la petite fille et le petit garçon. Pour les enfants qu'ils ont été. Et pour ceux qu'ils n'auront pas ensemble. Je deviens le conteur d'une aventure sans envergure. Un conte de faits, ni plus ni moins. Ni moins que rien.
Oui, c’est fini. Le héros n’existe plus. A-t-il d’ailleurs été un jour ?
J’ai eu l’envie soudaine de le faire mourir. Sa belle en a été très affligée, elle ne souriait plus qu’à la mort. Les mois ont passé, nombreux et douloureux, elle a vieilli, elle a grandi. Elle n’est plus la belle du héros aujourd‘hui. Elle est plus que ça. Désormais, elle est le héros.
Je lui ai donné un rôle de choix, une oeuvre à son nom et non à celui des autres. Elle méritait un titre, c’était le moindre des égards que je pouvais lui faire. J’ai cherché des protagonistes différents pour l’entourer au mieux. Ils correspondent tous à la même description: des visages avenants, des mains tendues, des bras ouverts. £t parmi eux, j‘ai trouvé quelqu‘un pour elle, tel un futur potentiel. Oui, mon héroïne, je le sens, a de l‘avenir. Et je ne sais plus si je parle de moi ou si je parle d’elle. Ou si elle et moi sont la même. Mais ce que je sais, c’est que ce n’est qu’en étant heureuse, qu’on attire irrésistiblement le bonheur. Et qu’on se remet à écrire... à écrire, à écrire.
La vérité, c'est que l'amour est une co-écriture. Il y a deux auteurs qui décident de leurs personnages, d'une intrigue, des grandes lignes de leur vie. D'un grand roman ou d'un simple essai.
Un des auteurs se décourage, et c'est la fin. Leur page presque blanche ou griffonnée, ne restera qu'un brouillon, une feuille volante dans l'air du temps. Ils se diront que leur plume n'a pas été assez légère et que leur histoire était sans doute trop terre à terre. Et dès lors, chacun se mettra à son propre conte. £n quête du personnage principal. £n quête de l'essentiel. Mais un sentiment pourtant restera comme l'apanage de l'écrivain. Car ils se demanderont toujours, si d'entre tous les écrits inachevés, abandonnés, ou raturés, s'il n'y aurait pas eu celui qui aurait fait d‘eux, à tout jamais, un auteur à succès.


-Fin-

-Prologue-

"...et c'est ainsi que chaque fin est un commencement."
J‘ai fermé le livre. Regarder autour. Le monde était plus beau soudain. J’étais prête à démarrer un autre tome. La couverture me plaisait bien et j’aimais déjà ces pages encore immaculées. J’ai écrit quelques phrases, j’ai fait mes premiers mots. J’ai balbutié un chapitre nouveau. £t peut-être au fond que c’était juste le début de la fin.


£t peut-être pas.

à suivre...



lundi 14 juillet 2008

Souvenirs...


Devant moi, une étendue sans relief. Les terres sont mortes, figées sous un soleil de lave, et les paysages gisent sur des kilomètres, désossés par la misère ambiante. Seuls restent le squelette des cactus et la poussière du sable. J'ai un goût aride dans la bouche. Les yeux desséchés et la peau rêche. Tout est sec, même mes larmes. Je regarde encore. Des puits taris sans pièces ni espoirs. Il n'y a là que les seaux vides et râpeux, encore pendus à leur corde. A coté, quelques carcasses d'habitats, des armatures en briques, des charpentes friables, inachevées. Quelques vies abandonnées. Et moi... Comme un cimetière sur le bord d'un chemin. Il y a des coins comme ça, où Dieu semble avoir déserté le monde et les hommes. Au loin, un animal, émacié, écorché, a le regard implorant des mendiants crevant de faim sous la chaleur de l'orient. Et je ne peux m'empêcher de penser que certains moments de notre existence méritent qu'on perde la vue, ou le coeur, peut-être.
L'air est salé. Il paraît que le sol où je marche était un lac, avant. J'avance vers les ruines d'un fort. J'entre dans son ombre, et décide de gravir ces pierres d'une autre époque, éboulées sous le passage du temps. Sur un des murs, une inscription en anglais: Save this monument. J'ai comme un demi-sourire, celui des personnes qui ont de la peine, convaincue qu' il disparaîtra quelques décennies plus tard. Mais alors que tout en moi désespère, Dieu ressuscite soudain. En haut, je domine l'horizon et me retrouve face à face avec la vie. Une rafale de vent, et la beauté surgit, plus belle que jamais, dans des rayons crépusculaires, elle sillonne la mer de sa lumière et éblouit et scintille. Je respire calmement, apaisée et sereine. Cet endroit, je le sais, je l'emporterai avec moi, dans mon regard, dans mes gestes, dans mes mots, sa tristesse, sa richesse, me ressembleront et me ressemblent déjà plus que je ne le crois.

dimanche 13 juillet 2008

"£t nos visages gris
Quand le matin nous prend
£n flagrant délit
De perte de temps
£t nos regards hagards
Lorsque la nuit s'endort
£t que le jour nous donne
Tous les torts... "


Rose - Je m'ennuie-

Don't you cry tonight...

Je regarde autour de moi, le ciel est bleu et ses rayons baignent de lumière les épitaphes. J'ai une rose rouge dans la main. Je la laisse tomber sur ton cercueil. Et je m'éloigne doucement.
Des cris hors des murs gris. Ceux des enfants du quartier. Des gens, aux fenêtres des tours, ont étendu leur linge. La vie qui hurle, la vie qui s'exhibe. Je ne comprends pas. Le monde ne pleure pas avec nous.

Il se moque de ton sort. Il se fout de toi, de moi, des autres. Il a comme un rire indécent.
Je me sens nue soudain, dépouillée de ton corps. J'ai plus de pudeur, je retiens plus mes larmes, je retiens plus ma voix, je suis à genoux, à terre, aux pieds de la mort et de la douleur. Et lui, il rit. Son sourire jusqu'à mes oreilles. Je le hais. Je le hais d'être vivante. Et d'entendre les gens, heureux ou malheureux. Brailler, vociférer. Devant ta tombe, je me suis arrêtée. Je me suis figée. Je me suis statufiée. Je me suis faite en pierre pour ne plus qu'on m'approche. J'ai scellé mes lèvres et enterré les voyelles et les consonnes. Les mots, les phrases et les discours. Cloîtrée dans le silence, j'ai emmuré ton nom. Et, sur ma sculpture, j'ai crispé un sourire. Celui que tu aimais. J'ai cristallisé une apparence. Souvent, on la regarde et on ne contemple que la surface lisse et polie. Ca évite les questions. Aucun d'eux ne voit la rose que je serre encore entre mes doigts. Mes mains pleines d'épines, et mon sang qui perle toujours sur ton souvenir.